XPN achète trois millions de réserves pour traverser la tempête des tarifs
Le climat d’incertitude autour de la valse des tarifs pousse un homme d’affaires de Québec à faire des provisions d’une valeur de trois millions de dollars.
- Cimon Brouillette
Le climat d'incertitude provoqué par la valse des tarifs entre le Canada et les États-Unis a poussé Dan Bérubé, fondateur de XPN.
L'entrepreneur de Québec a entre autres fait ses réserves de protéines issues de la transformation de produits laitiers: en tout il a stocké pour trois millions de dollars de matière première pour ses formules et produits destinés aux adeptes d'entraînement.
La poudre de lactosérum ou protéine de petit-lait — plus communément appelé de la «whey» — un produit dérivé de la fabrication du fromage, est la matière première d’une importante gamme de produits de son entreprise.
Mais voilà, autant sa composition nutritionnelle et ses effets bénéfiques sur la masse musculaire en font un ingrédient de choix, autant le produit est rare. Surtout ici au Canada où chaque goutte de lait vaut son pesant d’or dans le système de gestion de l’offre, poussant les grands transformateurs à la récupérer pour enrichir leurs propres produits à valeur protéinée ajoutée, comme le yogourt, le lait protéiné ou les substituts de repas.
«On a fouillé, longtemps, intensément, mais aucune compagnie qui fait ce type de transformation au Canada pouvait combler nos besoins», explique l’homme qui se résigne à s’approvisionner avec de la matière première américaine, alors que tout ce qui est fait chez XPN est élaboré et transformé à Québec.
Inquiétude face à la riposte canadienne
Comme la poudre de lactosérum, sous-produit du lait, fait partie des exceptions où il y a eu des ouvertures de marché en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), elle profite jusqu'à un certain point d’une exception aux droits de douane qui visent en temps normal les produits laitiers.
Dans le cas de Dan Bérubé, c’est plutôt la riposte canadienne probable aux tarifs américains qui doivent prendre effet le 2 avril prochain — si rien ne change! — qui le pousse à agir en fourmi.
«J’ai dit à mon gars, tu me trouves tout ce qu’il y a de protéines au Canada [lire: des protéines qui avaient déjà traversé la frontière], relate-t-il. On a à peu près tout acheté ce qu’il y avait. On a du stock jusqu’en juillet.»
L’entrepreneur espère que la situation se stabilise d’ici là et que l’approvisionnement en matière première provenant des États-Unis — ou d’ailleurs — saura se sécuriser.
L’instabilité du commerce a aussi poussé Dan Bérubé à faire le plein de créatine.
«Nous avons de la chance, car ce ne sont pas toutes les PME qui peuvent dépenser 3 millions en stock d’avance pour s’acheter une paix d’esprit. Le jeu des tarifs est très insécurisant.»
Gros investissement en provisions
Selon Dan Bérubé, XPN génère un chiffre d’affaires annuel de 25 millions de dollars, dont 10 millions proviennent des ventes de protéines. Acheter trois millions de dollars de matière première à l‘avance, c’est énorme pour lui: l’équivalent des ventes totales d’un mois et demi dépensé d’un seul coup!
Au moins, XPN n’a pas à se soucier directement des tarifs instaurés par l’administration Trump, du moins pour l’instant. L’entreprise n’exporte pas chez nos voisins du sud.
«Je n’ai jamais voulu rentrer aux États-Unis parce que c'était compliqué. Tous nos devoirs sont faits, quand même, on a aussi fait nos tests, envoyé des palettes de produits. Mais pour moi qui ai 62 ans, avec une relève d’affaires assurée, le jeu n’en vaut pas la chandelle pour l’instant. On a en masse d’ouvrage au Québec et au Canada. Si on voulait investir le marché américain, il faudrait aller produire là-bas.»
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